Fonction principale des transceivers optiques dans les réseaux haute vitesse
Conversion électrique-optique et préservation de l’intégrité du signal
Les transcepteurs optiques agissent comme intermédiaires entre les équipements réseau électriques et ces fins brins de verre que l’on appelle fibres optiques. Ces petits travailleurs transforment les signaux électriques en impulsions lumineuses réelles à l’aide de diodes laser, puis inversent entièrement le processus à l’autre extrémité, où des photodétecteurs captent la lumière et la reconvertissent en électricité. Cette voie bidirectionnelle nous permet d’envoyer d’énormes quantités de données à travers les réseaux en fibre optique à des vitesses impressionnantes. Préserver la propreté et l’intégrité de ces signaux revêt une importance capitale. C’est pourquoi les fabricants font appel à des techniques sophistiquées telles que la modulation PAM4 associée à des processeurs de signal numérique (DSP). Ces technologies luttent contre des phénomènes tels que l’étalement du signal (dispersion), l’affaiblissement du signal (atténuation) et divers effets non linéaires perturbateurs pouvant nuire aux transmissions. Même à des débits fulgurants de 400 Gbit/s et au-delà, ces systèmes parviennent à maintenir le taux d’erreurs binaire quasi nul. Imaginez à quoi ressembleraient nos centres de données et nos opérations d’intelligence artificielle sans une telle ingénierie électro-optique précise : nous serions condamnés à attendre indéfiniment la fin de ces transferts massifs de données.
Comment la longueur d'onde, le débit de données et la distance interagissent pour définir les performances
Les performances et la faisabilité du déploiement des émetteurs-récepteurs dépendent réellement de trois facteurs clés qui interagissent entre eux : la longueur d'onde, le débit de données et la distance. Lors du choix des longueurs d'onde, la compatibilité avec les types de fibre optique revêt une grande importance. Pour les courtes distances, la longueur d'onde de 850 nm est couramment utilisée avec les fibres multimodes, permettant notamment de transporter des flux de 100 G sur environ 100 mètres. En revanche, pour les liaisons plus longues, les ingénieurs privilégient la longueur d'onde de 1550 nm avec les fibres monomodes, capables de transmettre des signaux de 400 G sur des distances allant jusqu'à environ 2 kilomètres. À mesure que les débits de données augmentent, passant de 400 G à 800 G, il devient inévitable d'avoir recours soit à des techniques optiques cohérentes, soit à des méthodes avancées de modulation PAM4. Toutefois, cela a un coût : une consommation électrique accrue et une plus grande vulnérabilité aux perturbations sur le trajet de transmission. Le facteur « distance » impose également des limites assez strictes. La plupart des liaisons de 80 km atteignent leur débit maximal à 200 G en raison des problèmes liés à la dispersion chromatique et à la baisse du rapport signal/bruit. À l'inverse, des liaisons plus courtes de 10 km peuvent effectivement supporter des débits de 800 G, à condition d'appliquer des méthodes adéquates de correction d'erreurs avant transmission (FEC) ainsi que des techniques de compensation par traitement numérique du signal (DSP). Dans la pratique, les concepteurs de réseaux passent beaucoup de temps à concilier ces exigences concurrentes lorsqu'ils conçoivent des systèmes devant évoluer et s'adapter aux évolutions du marché au fil du temps.
Composants critiques alimentant les transceivers optiques modernes
Lasers à semi-conducteurs, photodétecteurs et processeurs de signal numérique (DSP) : permettant vitesse et précision
Les transceivers optiques actuels reposent sur trois composants principaux qui fonctionnent ensemble : les diodes laser, les photodétecteurs et ces processeurs de signal numériques sophistiqués que l’on appelle des DSP. Les diodes laser génèrent des signaux optiques stables et rapides, généralement à l’aide soit de la technologie à rétroaction distribuée (DFB), soit de configurations plus récentes basées sur la photonique silicium, ce qui permet de minimiser les pertes de signal lors de la transmission de données par câble en fibre optique. En ce qui concerne les photodétecteurs, la plupart des systèmes utilisent soit des photodiodes PIN, soit des photodiodes à avalanche afin de convertir à nouveau la lumière entrante en signaux électriques clairs. Ces détecteurs doivent être extrêmement réactifs tout en maintenant un faible niveau de bruit, afin de préserver l’intégrité des données. Quant aux DSP, ils accomplissent, en arrière-plan, de nombreuses tâches complexes, telles que l’égalisation en temps réel des signaux, la récupération de la synchronisation d’horloge et le décodage des corrections FEC afin de corriger les éventuelles erreurs survenues pendant la transmission. L’ensemble de ces composants agit de concert pour atteindre des taux d’erreur binaire remarquables, inférieurs à 1E-15, même sur des distances supérieures à 100 kilomètres. Et n’oublions pas les exigences de latence déterministe, qui rendent ces systèmes indispensables au fonctionnement des centres de données hyperscalaires modernes et au soutien de notre infrastructure croissante de réseaux 5G.
Le défi de l’efficacité 400 G+ : équilibrer puissance, chaleur et bande passante
Dépasser le seuil de 400 G entraîne de sérieux problèmes liés à la chaleur et à la consommation d'énergie. À chaque doublement du débit de données, les besoins énergétiques augmentent d’environ 60 à 70 %, ce qui concentre davantage de chaleur dans les ports de commutation très densément agencés. Si cette chaleur supplémentaire n’est pas maîtrisée, elle provoque une distorsion des signaux, accélère l’usure des composants et réduit, en fin de compte, la fiabilité du système. Le secteur a mis au point plusieurs approches pour résoudre ces problèmes. Certains fabricants intègrent des dissipateurs thermiques à microcanaux, tandis que d’autres mettent en œuvre des systèmes de gestion adaptative de l’alimentation capables de réduire la consommation d’énergie d’environ 30 % lorsque le trafic est faible. L’adoption croissante de la technologie photonique sur silicium permet également de raccourcir les longues interconnexions électriques entre composants, réduisant ainsi à la fois les pertes de signal et la production de chaleur. Sur le plan des matériaux, des améliorations sont également observées : les lasers à base d’indium phosphure offrent un meilleur rendement « wall plug » par rapport aux solutions traditionnelles. L’ensemble de ces progrès permet aux transceivers modernes de supporter jusqu’à 400 watts par unité de rack tout en maintenant leurs températures internes sous la barre des 50 degrés Celsius, ce qui satisfait les normes thermiques établies par l’IEEE et l’OIF pour des opérations haute vitesse continues.
Facteurs de forme et normes : Adapter les émetteurs-récepteurs optiques aux besoins de l'infrastructure
Le choix du bon facteur de forme garantit une densité de ports optimale, une gestion thermique efficace et une interopérabilité accrue au sein d'une infrastructure en constante évolution. Des interfaces mécaniques et électriques normalisées — allant de SFP à QSFP-DD — permettent une compatibilité « plug-and-play », tout en prenant en charge des mises à niveau progressives de la bande passante sans nécessiter de refonte complète du système.
SFP, QSFP, OSFP et QSFP-DD — Une évolution de la densité et de la vitesse, de 1 G à 800 G
Les modules SFP sont excellents pour fournir des débits allant de 1 G à 10 G dans des facteurs de forme compacts, particulièrement adaptés aux réseaux périphériques (edge networking) et aux points d’accès où l’espace est un critère déterminant. Ensuite, les versions QSFP regroupent quatre voies, ce qui les rend adaptées au soutien de débits allant jusqu’à 100 G dans les commutateurs très denses présents dans la plupart des centres de données cloud modernes. Envisageant l’avenir, les formats OSFP et QSFP-DD, grâce à leur architecture à huit voies et à des solutions améliorées de gestion thermique, sont capables de répondre aux exigences massives de bande passante allant de 400 G à même 800 G. Ces nouvelles conceptions doublent effectivement le nombre de ports par unité de rack par rapport aux anciennes normes QSFP28. Selon des résultats récents présentés à la conférence OFC 2023, cette évolution a permis de réduire la consommation énergétique par gigabit d’environ 30 %, facilitant ainsi considérablement pour les entreprises la migration depuis leurs infrastructures existantes de 100 G vers ces systèmes de pointe de 800 G, spécifiquement optimisés pour les charges de travail liées à l’intelligence artificielle et à l’apprentissage automatique.
SR, LR, ER, ZR, DR, FR : Décodage des normes de portée pour les déploiements dans le monde réel
Les classifications de portée permettent de déterminer les performances attendues des différents types de fibre sur diverses distances. La portée courte (SR) convient aux distances inférieures à 300 mètres, en utilisant une fibre multimode, couramment employée pour relier des équipements au sein d’un même baie ou entre bâtiments d’un campus. La portée longue (LR) permet des connexions plus étendues, allant jusqu’à 10 kilomètres via une fibre monomode, ce qui la rend idéale pour les réseaux urbains. La portée étendue (ER) pousse encore plus loin cette limite, atteignant environ 40 km, tandis que la portée longue distance (ZR) s’étend jusqu’à 80 km. Ces portées plus importantes nécessitent des lasers plus puissants et des techniques de correction d’erreurs plus performantes afin de fonctionner correctement dans les réseaux dorsaux et les câbles sous-marins. Plus récemment, les catégories Portée centre de données (DR) et Portée fibre (FR) ont émergé comme des classifications spécialisées destinées aux centres de données modernes. La DR couvre typiquement des liaisons de 500 mètres entre serveurs dans des architectures « spine-leaf », tandis que la FR fournit des spécifications normalisées compatibles avec différents types de fibre, conformément aux recommandations de la norme IEEE 802.3, garantissant ainsi l’interopérabilité des équipements provenant de différents fabricants.